|
Accueil
Newsletter
Boutique
on line
Organiser
un concert
Blog OC
Dossier
de presse
Liens
Base
documentaire
Nous écrire...

|
La
Fin'Amor
un article proposé
par Caroline Cennac.
>
Un
amour spirituel poussé jusqu'au désir
Les chantres et acteurs occitans de
cette perfection, les troubadours, vont donner une double orientation
à la Fin'Amor, qui la distingue de la courtoisie des pays
d'oïl (au Nord) et qui fait sa spécificité et
sa saveur : cet idéal se doit de revêtir un caractère
à la fois savant, accessible aux seuls élus, et esthétique.
Il s'agit d'un art, au sens propre, un art de vivre, une éthique,
où se mêlent avec passion et paradoxe, ascèse,
maîtrise de soi, jouissance de l'esprit, attente éternelle,
spiritualité confinant parfois au mysticisme, et sensualité
à fleur de mots, érotisme sous-jacent, désir
puissant d'un accomplissement charnel auquel il faut néanmoins
résister.

Derrière une apparente rigidité
et l'usage volontaire d'images stéréotypées,
consacrées, dans les pièces des troubadours, se révèlent
à nous toute la complexité et la subtilité
de la pensée méridionale médiévale.
Et c'est à la poésie lyrique (chantée), la
canso, que revient d'être le messager et le support de cet
art de vivre. Quel meilleur instrument, en effet, que la voix de
celui qui aime, vibre, s'abstient, espère, souffre et invite
à l'imiter !
|
| >
Le troubadour : poète et musicien accompli |
| Car
le troubadour est avant tout un musicien : il a appris la musique
et le chant comme un enseignement à part entière,
auprès de maîtres savants, souvent des religieux. En
effet, les foyers musicaux les plus féconds sont alors les
monastères, les abbayes, au nombre desquels on se doit de
citer la fameuse abbaye Saint-Martial de Limoges qui fit école
et modèle en son temps. Formé à une véritable
technique musicale, le troubadour en marque d'empreinte dans ses
cansos : c'est la musique qui fait l'unité de chaque poésie
et le lien entre les strophes, grâce à l'emploi d'une
métrique précise et maîtrisée. |
 |
Le poète occitan médiéval
est certes un artiste, mais il est aussi et d'abord un "technicien".
Son art n'a rien d'anarchique ni d'"inspiré" : il n'est pas
un vers, un mot, une rime, qui soient laissés au hasard.
Le troubadour, conscient de son rôle et de sa tâche,
sert une cause, à la fois sociale et philosophique, un idéal
de perfection. Il véhicule des valeurs, nouvelles, dans lesquelles
il a foi ; aussi y met-il toute son habileté au maniement
de la langue et de la musique, autre forme de langage. Là
encore, il va utiliser des images récurrentes dans la poésie
de la "Fin'Amor", des figures et mots types, un schéma pré-existant.
Il donne à une éthique des instruments, des moyens,
qu'il mesure et connaît parfaitement (Or, mesure et maîtrise
sont des données essentielles de ce code de vie qu'est la
fin'amor).
|
 |
| >
Chaque
troubadour a son style, sa singularité qui le démarque. |
| Mais, surprenante alchimie,
entre les compositions des différents troubadours, des ressemblances
certes, mais pas de simple et vulgaire copie. Précisément,
ce qui caractérise et distingue le vrai poète, unique
dans sa manière, c'est sa créativité, ses modulations,
son originalité, sa "marque", à l'intérieur
d'un cadre commun à un groupe et assez rigoureux. Cette discipline
qu'il s'impose à lui-même à travers un art appartient
aussi au code de la Fin'amor : il faut savoir être un parmi
plusieurs et vivre en harmonie au sein de la société
courtoise ; se fondre tout en préservant son individualité
; constituer un maillon de la chaîne, mais un maillon singulier.
Noble leçon de vie, mais aussi apprentissage de la vie, qui
est doublement mise en pratique, artistiquement et socialement.
|
 |
| > Des
artistes conscients, présents dans leur époque |
| Si la Fin'amor est assurément
le mode d'expression artistique, tant du point de vue formel que
thématique, propre aux troubadours, elle s'inscrit également
dans une perspective sociale, comme il a été plusieurs
fois suggéré. Si les poètes peignent avec délicatesse
et talent l'image d'une société parfaite où
l'amour règne en maître des esprits et des relations
entre individus, ils ne s'en réfèrent pas moins à
une réalité sociale, aux conditions de vie au sein
d'un groupe auquel ils s'efforcent de donner des règles de
conduite digne. Et leurs poésies vont être le support
imagé, métaphorique, le messager d'une telle mission.
Toutefois, le troubadour chantant l'amour, ses vertus et le code
de son bon usage, n'en reste pas moins un artiste qui se plaît
à jouer avec les mélodies, les mots, bref à
exercer pleinement sa technique poétique. Et l'on retrouve
toute cette ambivalence si caractéristique de la personnalité
du troubadour. |
|
La Fin'amor doit donc s'exercer au quotidien,
dans un site privilégié, il est vrai, la cour seigneuriale.
Mais pour être l'élu au service de l'Amour, il faut
répondre avec exactitude à des exigences qui, en
fait, tentent de remédier à des phénomènes
sociaux réels dont elles sont en même temps l'écho
et le révélateur. Face à une population jeune,
exubérante, parfois excessive, on fait l'éloge de
qualités que l'on invite à faire siennes car elles
seules ouvrent les portes de la joie : sans éteindre le
feu intérieur qui est le moteur de l'homme, on apprend
à la maîtriser, à l'exprimer avec finesse
et modération. On reste humble devant l'adversité,
on ne se décourage pas. On écarte de soi tout sentiment
de jalousie, d'envie. On agit de manière à mériter,
toujours porté par le désir de se perfectionner,
car rien n'est dû. On sait être généreux,
lorsqu'on est le seigneur, et prodiguer aux siens et à
ses proches dons, confort, sécurité, toit, nourriture,
festivités...

|
| > La
Dame, la femme idéale ? |
La Dame fait plus particulièrement
l'objet de tous les soins et du plus profond respect. Cette Domina,
qui est souvent l'épouse du seigneur auquel on a prêté
serment, cristallise les traits et vertus de la femme idéale.
C'est pourquoi elle est en général le but suprême,
ce vers quoi l'homme tend, promesse d'un amour parfait qui pousse
à vouloir sans cesse devenir meilleur. Cette Domina est la
version laïque, l'incarnation, de la Vierge Marie qui représente
au Moyen Age l'idéal et le modèle de femme. De fait,
le Moyen Age est la grande époque du culte à Marie,
vénération portée à son apogée
par les troubadours eux-mêmes. Mais on s'aperçoit de
nouveau une certaine ambiguïté : la Fin'amor qui s'adresse
à une dame en général mariée glisse
vers l'adultère. Qu'en est-il alors de cette conduite vertueuse
tant vantée ? Précisément, le tenant de Fin'amor,
en proie à une telle tension, doit lutter et vaincre son
désir de la réalisation charnelle d'un amour impossible,
contraire aux préceptes de la Fin'amor, pour faire triompher
sa valeur morale, sa fidélité à un amour spirituel,
ses vertus de mesure et de maîtrise de soi, afin de pouvoir
perpétuer l'espoir d'un amour parfait.
|
|
| > Le
troubadour, au service de sa Dame |
Enfin, autre aspect de l'ambivalence du
troubadour, qui signale encore un phénomène social,
le lien de vassalité qui l'unit à sa Dame. L'amoureux
fait son service auprès de sa Dame selon les mêmes modalités
que la relation du vassal à son seigneur et protecteur.
L'amant de coeur est corps et âme voué à la cause
de sa Domina, Fidélité donnée sous serment selon
les règles mêmes de la féodalité. L'échange
de dons qui garantissent réciprocité et liens indissolubles
est en principe de mise. |
|
Toutefois, l'aimée
est souvent lointaine, inaccessibles, physiquement, géographiquement,
sentimentalement. Le troubadour exprime ainsi souvent la non-réalisation
de son voeu de servir la Dame vénérée, et une
cour incessante s'en suit de pièce en pièce quoique
toujours respectueuse. Il semble que derrière ce jeu se cache
une actualité sociale, outre l'aspiration sincère
à une perfection des sentiments et des relations entre être
humains :

à travers l'épouse du seigneur, c'est
aussi au seigneur lui-même que l'on fait sa cour dans l'espoir
d'une reconnaissance que manifesterait la prononciation du serment
de vassalité en échange d'une terre. Le troubadour
se fait alors la voix du jeune chevalier non adoubé en quête
d'un fief et d'un statut social. Point de vénalité
ici, au contraire. Une aspiration économique et sociale bien
légitime (hier comme aujourd'hui, la recherche d'un emploi
et d'une source de subsistances reste de rigueur !) est simplement
traduite poétiquement, avec finesse.
|
| > Les
troubadours ou l'art subtil de la séduction savante. |
| Ainsi le troubadour se prête-t-il
à un jeu subtil qui montre son habileté et sa complexité
d'artiste à part entière : il mêle expression
de faits de société, quête spirituelle, méditations
philosophiques, amour sublime. Il est porte-parole de ses contemporains,
mais sa voix intime, individuelle, se laisse toujours entendre. Enfin,
il est au service de son art, il n'oublie jamais se "devoir" de technicien
de la poésie, ses exigences de perfection morale et formelle.
|
 |
| Le
troubadour est pluriel mais préserve son unicité. Il
est artisan multiple, adroit et précis. Il dit, ouvre son âme,
mais demeure insaisissable : vertus de son art ! Il est tant le chantre
d'une civilisation occitane raffinée, savante, exigeante, complexe
que son illustration concrète par sa pratique de la Fin'amor.
Et il a pour mission de perpétuer, transmettre, cet art de
vivre au fil des générations et des lieux, d'en garantir
le respect des préceptes. |
| >
La Fin'amor, un principe qui se perpétue |
S'il est
vrai que Fin'amor et troubadours sont cultivés dans un cadre
privilégié et relativement protégé,
celui de la cour du suzerain, et qu'ils s'adressent à une
forme d'"élus", ils ne s'en sont pas moins répandus
par-delà cette infime frontière. Ils ont fait école
dans les villes méridionales en plein essor au XIIIème
siècle. Certes, dans cette nouvelle conjoncture, Fin'amor
est rattrapée, transformée et fait l'objet de certaines
distorsions qui vont provoquer son déclin, du moins celui
d'une forme quelque peu sclérosée et fermée
sur elle-même. Cependant, tel le sphinx, Fin'amor, renouvelée,
renaîtra de ses cendres avec une nouvelle génération
de poètes, initiateurs de nouvelles formes d'expression qui
continuent de véhiculer les principes fondamentaux d'un idéal
de conduite qui s'adapte aux nécessités de son temps.
N'est-ce-pas là le privilège d'une pensée qui
ne meurt jamais ! En domaine d'oïl et en Allemagne, trouvères
et minnesängers, héritiers directs des troubadours,
reprennent la Fin'amor à leur compte en la modelant selon
leurs propres caractéristiques. |
| > Le
triomphe de la langue d'Oc |
Enfin, la Fin'amor,
c'est le triomphe de la langue vulgaire, la langue d'un peuple et
du peuple, l'occitan. Support de textes élaborés,
savants reconnus, et d'une éthique noble, la langue d'Oc,
qui fait les beaux jours de cours raffinées, gagne ainsi
ses couleurs au détriment du latin qui est désormais
révolu à l'écrit, et ce dans les domaines scientifiques
et religieux.
Malgré les méandres
et péripéties de l'Histoire, la langue d'Oc vit encore
et toujours mieux, particulièrement servie par le Félibrige
et l'Occitanisme, il y a un peu plus d'une siècle, mais aussi
grâce à la légendaire résistance d'hommes
et de femmes conscients de leur originalité et fidèles
à leurs traditions et leur terre.
|
|
Fin'amor, qui fut en un temps
donner l'expression symbolique et l'aspiration spirituelle d'une
société en pleine construction, semble désormais
couler quotidiennement dans les veines de ses enfants : générosité,
estime et respects mutuels, dignité, feu du coeur et
du verbe font (en général) force de loi sous les
cieux des Pays d'Oc.
Et Fin'amor a aussi ses troubadours
d'aujourd'hui qui savent allier harmonieusement traditions (textuelle
et musicale), sensibilité occitane d'hier et de demain,
nouvelles technologies. Avec eux, c'est un fondu savant du passé
respecté et renaissant et d'un présent enrichi
de nouveaux acquis : c'est un chant d'espoir et de liberté,
la voix d'une culture forte de son originalité et de
son unicité et toujours ouverte au monde.
Caroline
Cennac.
|

| |
 |
Autres articles à
consulter :
> Retour
à la page d'accueil

|
>
la Fin'Amor
Un amour spirituel poussé jusqu'au désir
:
Les chantres et acteurs occitans de cette perfection, les troubadours,
vont donner une double orientation à la Fin'Amor, qui la distingue
de la courtoisie des pays d'oïl (au Nord) et qui fait sa spécificité
et sa saveur : cet idéal se doit de revêtir un caractère
à la fois savant, accessible aux seuls élus, et esthétique.
Il s'agit d'un art...(lire la suite)
 |
> Les
troubadours
Venez découvrir les principaux troubadours du 12°
et 13° siècles. (lire la suite)

|
> Le
catharisme
Un article d'Anne Brenon, Historienne de l'Hérésie.(lire
la suite)

|
> OCCITANIA
Un article de Caroline Cennac,
Comme la Bretagne, la Corse, le Pays Basque ... L'Occitanie et sa langue
d'Oc revendique plus que jamais son identité culturelle. Aujourd'hui,
2 millions de personnes....(lire la suite)

|
> Galerie
photos.
photos des concerts OC. (lire la
suite)

|
> Les
instruments du groupe OC.
Beaucoup de temps, de patience et de passion, ont été
nécessaires pour créer ces instruments originaux, destinés
à l'aventure OC.(lire
la suite)

|
> Les
recettes d'Angèle.
Venez découvrir la cuisine familliale d'Angèle,
fournisseur officiel des repas du groupe OC. (lire
la suite)

|
> bibliographie
liste des ressources pour les recherches du groupe OC. (lire
la suite)

|
|
|
Tous droits réservés - Copyright OC 1999 - 2008 |
NOUVEAUX INSTRUMENTS ! |
Rebec, Vièle à archet, Pierres Lumineuses...

Tout sur leur fabrication : >>> |
CATHARES 2008 |

Magazine Pyrénées Histoire, encarté avec le CD inédit OC Musique occitane et interview de Christian Salès en kiosque actuellement >>> |
| FILMS OC |

Découvrez la collection originale des films culturels, illustrés avec les musiques OC >>>
|
Lo Chimboul |

Découvrez l'instrument préféré des fans de OC ! >>> |
|